Avez-vous déjà entendu parler de Brian Deneke? Si vous avez l'habitude de zoner sur des skybeurks punks ou bien à connotation rock/rebelle, vous êtes surement tombés sur cet hommage en copier-coller se contentant de déplorer sa mort et les raisons de sa mort mais sans jamais en expliquer les circonstances précises. Je n'avais jamais trouvé d'informations claires sur ce personnage autres que cet hommage sans fondement et hypocrite. Durant une discussion entre pas sages cloutés, le sujet est revenu par hasard sur le tapis et un pote m'a suggeré d'aller voir du côté du Wikipédia anglophone (généralement plus véridique que son homologue francophone), je suis également tombé sur d'autres sites anglophones détaillant précisémment l'affaire. J'y ai trouvé une explication assez détaillée sur les circonstances de son assassinat et mon niveau suffisant en anglais m'a permi de traduire le tout sans trop de difficulté, c'est pourquoi ce blog à le privilège de vous raconter cette triste histoire pour la première en français!!! :O
Né en 1978, Brian Deneke était un jeune punk à crête, perf' et tatouages faits maisons surnommé Sunshine vivant à Amarillo au Texas (j'étais déjà tombé sur un cas qui disait qu'il était pote avec les frères Madden de Good Charlotte, ce qui est faux car géographiquement impossible étant donné que ces derniers ont grandi sur la côté Est). Il participait à des démarches artistiques dans sa localité et était assez connu et apprécié dans le milieu pour son engagement contre toutes les formes d'intolérance et sa motivation à faire vivre la scène locale. Comme un peu partout, les punks ne sont pas très appréciés par une partie de la population, et le Texas est un nid à fachos. Inutile donc de s'étonner des régulières tensions entre jeunes marginaux subversifs et jeunes élitistes friqués. Vous savez les sportifs frimeurs en manque de neurones qui ont des parents pas très pauvres et se balladent toujours avec des blousons de base-ball dans les séries télés pour jeunes, et bien on appelle ça des “jocks". A Amarillo, ils ont pour habitudes de faire chier les punks, reprochant à ces derniers d'être différents.
C'est un samedi soir de décembre 1997 qu'une baston éclate sur le parking du IHOP, un restaurant ou les jeunes ont l'habitude de venir. Cette baston voit s'opposer John King, une tête de la scène punk locale, et Dustin Camps, un jock. Dustin Camps tente de renverser les punks présents à l'aide de sa Cadillac mais les punks l'esquivent et John King défonce le pare-brise de la voiture à l'aide d'une matraque téléscopique; 1-0 pour les punks. Mais ces trous du cul de jocks, n'étant pas de très bonne foi, n'apprécient guère la branlée qu'ils se prennent ce soir-là (prétendant d'ailleurs qu'il ne s'est rien passé lorsque l'anecdote se répand). C'est pourquoi ils préméditent de se venger et le vendredi suivant, une nouvelle baston éclate sur le même parking. Se prenant une seconde branlée, Dustin Camps se réfugie une fois de plus dans sa bagnole et fonce dans le tas (les faits sont racontés par une témoin assise à l'arrière). Il percute un punk visiblement armé d'une batte (quoi de plus logique que de s'équiper quand est une douzaine - dont 4 filles - face à je n'sais combien d'ennemis), le corps se coince sous la voiture et Camps lui roule dessus sans s'arrêter, il déclare “j'espère qu'il a aimé ça” puis quitte l'endroit au plus vite. Dès leur retour chez eux, 2 des passagers avertissent leurs parents et Camps est arrêté le lendemain à l'aube, mais cela n'empêche que Brian Deneke est mort...
Le décès de Brian dans de telles circonstances est déjà un triste fait, mais la nature et l'issue du procès de Dustin Camps sont à vomir! Surtout qu'il avait beau avoir picolé au moment des faits, il n'a éprouvé aucune culpabilité après avoir pris conscience de son acte. L'impression générale de la population locale est que le tribunal a fait preuve de tolérance vis-à-vis de Dustin Camps sous prétexte que c'était le gentil garçon issu d'école supérieure, bon texan, bon chrétien (n'est-il pas dit "tu ne tueras point"?) et joueur de football, face au vilain punk marginal apatride anti-traditionnaliste. L'avocat de Camps a déclaré que son client aurait renversé Brian Deneke alors que ce dernier était en train de tabasser un jock au sol; ces dires ont été démenties autant par les punks que par les jocks présents à ce moment (et de toute manière, on n'arrête pas un individu violent en lui roulant dessus). Brian était juste en un contre un avec ce jock et celui-ci s'est éclipsé juste avant que la voiture ne renverse le punk. L'avocat a également orienté sa défense vers une critique du mouvement punk, comme quoi c'étaient de dangereux gangsters, des “tarés armés” et que compte tenu de son passé, la nature violente de Deneke a fait de lui l'agresseur le soir de sa mort. Qu'est-ce qu'y faut pas entendre! Finalement, Dustin Camps a été accusé d'homicide involontaire, mis en liberté conditionnelle pour 10 ans et seulement condamné a verser 10000$ d'amende (il a d'ailleurs fini en taule en 2001 pour détention d'alcool en tant que mineur, occasionnant sa violation de parole, et son père a été poursuivi pour tentative de corruption en voulant éviter la taule à son fils, qui sont les bons citoyens déjà?!?). Cette décision peu objective de la part du juge a choqué une grande majorité des citoyens d'Amarillo car tous les témoins s'accordèrent à dire que Camp avait largement eu le temps de s'arrêter, il s'agissait donc bel et bien d'un assassinat et non pas d'un homicide involontaire. Surtout quand on sait que les lois américaines condamnent de simples dealers avec nettement plus de sévérité que pour un meurtier comme Dustin Camps. Mais tuer un type, dans la mesure ou c'est un punk (ou tout autre personne “anormale”), direct c'est sur que ça dérange plus personne! C'est un peu comme un service rendu à la nation quoi... (Note: Après cet incident, Jason Deneke porta le corps de son frère dans ses bras. La plupart de ses membres étaient brisés et son sang coula sur les vêtements de Jason. Son pantalon fut ensuite découpé en lamelles et les punks d'Amarillo attachèrent chacun un des morceaux du jean couvert du sang de Brian sur leurs perfectos.)
Selon la police et les habitants de la ville, cette baston (regroupant quand même une cinquantaine de personnes environ!) a été la conséquence des tensions accumulées entre les jeunes footballeurs de l'équipe locale des “Chapeaux Blancs” et les jeunes minoritaires issus du milieu underground. En effet les punks, skinheads ou gothiques isolé(e)s étaient fréquemment agressés en infériorité numérique par des personnes affiliées aux Chapeaux Blancs et la mort de Brian Deneke est ce qui a stigmatisé ce phénomène dans le milieu punk (c'quand même plus valorisant d'être ce genre de héros mort pour la cause que d'être un simple crevard étouffé dans son vomis un soir de cuite mais pour qui on va quand même jusqu'à organiser un concert d'hommage, si vous voyez de qui je veux parler...). Il ne s'agit pas cette fois de banales confrontations perpétuelles entre gangs qui se font la guerre pour une histoire de carotte ou de nana, non cette fois il s'agit d'un témoignage de la discrimination que peut générer le système typique occidental, dont la société de consommation mène à créer des barrières entre les gens pour une simple raison d'apparence, parce que si untel n'est pas habillé avec telle marque prestigieuse ou porte une coiffure qui n'est pas en vogue, ça veut dire qu'il ou elle est inférieur(e). Pour moi s'en prendre à quelqu'un sans avoir pris connaissance de sa façon de penser et pour la seule raison que son apparence est indésirable, est un acte d'intolérance inadmissible qui s'apparente au racisme, à l'homophobie, au sexisme ou à l'antisémitisme. Aussi lorsqu'il m'arrive de foutre sur la gueule à des clients de boite de nuit qui m'interpellent moi et mes potes en nous traitant de gothiques ou de fachos (c'est le monde à l'envers!!!) sous prétexte qu'on a des paraboots aux pieds , je considère cela comme une action antifasciste au même titre qu'une baguarre avec des néo-nazis, puisque la motivation principale de ces personnes demeure le rejet de la différence et le fait qu'elles soient autant arabes ou noires que blanches n'a aucune incidence sur ce phénomène malgré que ces derniers te traitent de raciste à cause que tu viens de leur éclater le nez. Je pense qu'être antifasciste c'est tout d'abord combattre la connerie humaine, quelque soit les origines du concerné, et être conscient que la couleur de peau n'empêche personne de faire preuve d'intolérance, puisque c'est un comportement que n'importe quel humain peut adopter.